Mars boots- Rachel Comey

February 4, 2014

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe 22 novembre dernier, la nouvelle tombe. Plus excitante qu’un match de Super Bowl, rythmé par 3 minutes de foot pour 20 minutes de pub, plus inattendue que la fin d’un film catastrophe américain, dont la planète sortira heureusement indemne : on vient enfin de découvrir 28 neutrinos, 28 petits éléments d’origine cosmique. Cosmique, le mot fait rêver. Issus de l’infini, d’un grandiose sans limite, d’un espace temps impossible à traverser à l’échelle d’une vie, ceux ci sont presque métaphysiques. Loin de la banalité de ceux qui nous entourent au quotidien, ces neutrinos là, naturellement, se célèbrent. Champagne, paillettes, et même cotillons entre 2 appareils de résonance magnétique nucléaire et la bonbonne d’azote liquide. Le cosmique a toujours eu ce coté un peu bling-bling.

Il faut dire que l’entreprise a été ardue. Dissimulés dans la banquise à des kilomètres de profondeur, ces neutrinos ne sont sont pas facilement laissés appréhendés. Imaginez, par exemple, essayer de détecter la fève dans une galette géante, à l’aide d’un cure-dents. Imaginez ensuite procéder à cette entreprise dans la chambre froide de votre Intermarché le plus proche. Sans gants. Et en bikini. (je crois que je suis prête à proposer de nouvelles épreuves à Koh-Lanta). Voilà, vous avez une idée du projet. 5000 détecteurs, 250 scientifiques au milieu de l’Antarctique, des dizaines et des dizaines de forages à plus de 2 kilomètres de profondeur, et tadam, 28 petits minuscules neutrinos.

Ces particules fantômes, qui ne pèsent rien, ne servent à rien, n’interagissent avec rien. Mais cosmiques, les particules, alors on fait la fête.

De mon coté, je marche depuis plus d’un an sur Mars, de manière quasi quotidienne. Mes bottines en sont même devenues ocres, si ce n’est pas une signe de ma présence sur la planète rouge, j’ignore quelle preuve supplémentaire fournir. Quasi un an, et pourtant personne n’en parle, pas un article dans la presse.

La Science n’est vraiment plus ce qu’elle était.

Bottines Mars, Rachel Comey 

7 comments

  • Val Làô sur la Colline

    Très drôle. Très !

  • Le maillage des lectures

    Quand on entend le vocabulaire des physiciens quantiques, les bosons, la matière noire, l’antimatière, la théorie des cordes, etc., cela fait franchement un effet assez proche au vocabulaire des théologiens médiévaux et leurs débats sur la transsubstantiation par exemple. On rétorquera que les physiciens vérifient quand ils le peuvent leurs théories grâce aux accélérateurs de particules ou à de telles trouvailles de neutrinos dans des galettes géantes. Certes! Mais la physique se rapproche de plus en plus de la métaphysique…

    • Louise

      Tu es sure que tu n’es pas physicienne? Tu m’as l’air bien calée :)

      Je suis scientifique, et même si je ne comprend pas complètement de la portée de cette découverte, je continue à penser que c’est là le rôle premier de la recherche académique : développer la connaissance, sans forcément y associer une notion de rentabilité. Je me moque gentiment, mais apparemment, cette découverte est pressentie pour un Nobel. Il faut croire que ca valait le coup de passer la banquise au peigne fin!

  • Lise Huret

    “Cosmique” : rien que le mot est sublime…

  • Le maillage des lectures

    @ Louise : Halte aux cloisonnements, on peut être littéraire et s’intéresser aux sciences, et vice-versa ! Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le bien-fondé en soi de la recherche scientifique et la poursuite de la connaissance. C’est un idéal noble, il est beau qu’il en reste quelques-uns…

Leave a Comment

Theme by Blogmilk + Coded by Brandi Bernoskie